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samedi 26 novembre 2011

Cinétisme #1 - The Teenage Apocalypse Trilogy

"Dear diary, what a day. I swear I've never been so depressed, miserable, and lonely in my entire life. It's like I know there's got to be somebody out there somewhere... just one person in this huge, horrible, unhappy universe who can hold me in their arms and tell me everything is going to be okay. And how long do I have to wait before that person shows up. I feel like I'm sinking deeper and deeper into quicksand... watching everyone around me die a slow, agonizing, death. It's like we all know way down in our souls that our generation is going to witness the end of everything. You can see it in our eyes. It's in mine, look. I'm doomed. I'm only 18 years-old and I'm totally doomed."
- Dark (James Duval), Nowhere (1997)


Ca y est, Novembre m'a fait sombrer. Ce monstre m'a enroulé dans ses frimas dégoûtants, me laissant dans une morosité ineffable qui me pousse dans mes retranchements, il est temps de jouer à l'asociale et à l'inadaptée et d'aller étreindre la route sinueuse que trace la filmographie de Gregg Araki. 
Je t’explique tout de suite : j’avais 500g de condescendance en trop, je les ai égrainés là joyeusement.
Je te le dis dès maintenant, sa filmo n'est pas peuplée de mignonnerie et de joie, il ne va pas dans la demi mesure, et ses thèmes de prédilections ne sont pas ceux de ton teen movie fétiche, pour autant, il est bien question de teen ici, laisse-moi te parler aujourd'hui de son incomparable Teenage Apocalypse Trilogy.


Totally Fucked Up, d'abord, le moins fucked up de la trilogie, justement. Le cadre est IRL, rien de surréaliste, juste l'émotion vraie de la vie perturbée d'adolescents relativement normaux. 
Jolie mise en abîme sur ce film qu'on voit à la fois à travers la caméra de l'un des personnages, mais aussi en externe, plans alternés brillamment par des messages, comme des titres, indications qui ponctuent le film, drôles, déroutantes et généralement très vraies.


Où on t'annonce tout de suite de quoi il retourne.



Le film commence en te jetant sous les yeux un article de journal présentant le taux de suicide des jeunes homosexuels aux Etats-unis, ça s'enchaîne avec le personnage principal, Andy (James Duval), déjà à moitié hors cadre, qui pose directement la ligne du film, déclarant simplement «I guess you could say I’m just totally fucked up». Critique de la société américaine, on y suit ses enfants perdus, un peu trop différents, un peu trop barrés pour le monde adulte qui les entoure, comme en décalage avec un monde pas tellement plus sûr de lui.

Tout dans ce film n’est qu’une suite de déceptions amères, qui vont venir te mordre les yeux plans par plans, parce que toi, spectateur, tu as envie que les choses soient belles, tu as envie que les choses se passent bien, et ce n’est pas le cas. 
Lentement mais sûrement, aspiré par le vide tu te joins à la cause, et à la fin du film, quand tu allumes ta clope comme un désespéré, tu as aussi envie de dire que tu es totally fucked up, parce qu’il n’y a que du vide et rien pour te rattraper, qu’ici tout est hopeless et que tu as beau te traîner sur les trottoirs de ta vie, rien n’est là pour aspirer les ombres.

Si Novembre ne t’avait pas eu, ça y est, tu es pris, il est temps de passer aux choses sérieuses.



Totally Fucked Up t’avait accueilli dans son désespoir rassurant, il est temps de s’enfoncer dans la nuit, de laisser ton quotidien trop vrai pour te jeter dans celui moins évident de Jordan et Amy (James Duval, Rose McGowan) qui, rencontrant Xavier (Johnathon Schaech), faiseur d’embrouilles professionnel, vont se retrouver à errer de villes en villes, de meurtres sanglants et absurdes, faisant là encore une vive critique de la société américaine, en chambres d’hôtels psychédéliques pour un road trip aussi physique qu’émotionnel. 


Ce film te place easy dans un bordel émotionnel pas possible, tant tout est excessif, autant la léthargie anesthésiante adolescente d’Amy, presque spectatrice de sa propre vie, que les problèmes sentimentaux de Jordan, qui vont t’atteindre toi aussi, déjà tu sens les inévitables questions vont venir te ronger, quand dans la nuit tu te retournera vers la personne qui partage ton lit : celle qui m’aime aujourd’hui m’aimera-t-elle demain ? 


Peut-être que tu ne m’as suivi jusque là que pour le corps dénudé de Rose MacGowan dans The Doom Generation, peut-être que tu t’es cru fort et prêt à tout, mais laisse-moi te dire tout de suite que rien ne te prépare à ce qui suit, que ce qui vient est plus gros que tout ce que tu peux imaginer, et que, peut-être, il est temps pour toi de lâcher l’ego facile qui te fait qualifier de daube des grandes choses comme celles dont je suis entrain de parler. Lâche un peu le dédain derrière lequel tu te caches, et laisse-toi avaler par Nowhere, tu ne le regrettera pas.


Les personnages évoluent dans un monde violent, dans tous les sens du terme, violent et excessif. Sexe, drogue, religion, orientation sexuelle, culte des apparences, viol.
Quotidien exacerbé et surréaliste, dont aucun des personnages n’a conscience, excepté Dark (James Duval), seul suffisamment lucide pour voir ce qui l’entoure tel que. Seul suffisamment conscient de l’absurdité dans laquelle il évolue pour voir ce que les autres ne voient pas, et ainsi, seul témoin de l’apparition d’extraterrestres qui désintègrent allègrement des gens autour de lui.

Je vois ce que tu fais, arrête tout de suite ton petit numéro. Le sarcasme ne te va pas. Sois un peu plus ouvert avant de te dire qu’il y a nanar sous pellicule, je vais t’expliquer.
Nowhere (1997), tout comme les précédents films de Gregg Araki, tends à dénoncer l’absurdité et l’excès d’une société américaine de plus en plus perdue, se concentrant ici sur un autre travers de cette société de plus en plus préoccupée par des vrais-faux problèmes qui deviennent psychoses du quotidien. Je te pose le cadre IRL, tu vois. Les extraterrestres, un des plus beaux et grands exemples de l’aberrant, à un moment où, dépassé par ce qui se passe effectivement, les gens viennent à s’inventer des complots irrationnels basés sur des fables modernes. Ca va mieux ? Tu vois la métaphore ?


Ce film te pousse violemment hors de tes retranchements, dans cet espace relativement inconfortable entre toi et le reste, après lui viens le vide.
Il te confronte, par son intensité visuelle, auditive, sa vitesse, à l’inconfortable néant auquel sont confrontés les protagonistes. Parce que comme Dark, confronté à une absurdité que tu es le seul à percevoir, renvoyé à la solitude la plus bruyante inhérente à cette situation, parce qu’Araki décrit plus que fidèlement l’adolescence, et ce que l’adolescence vient à être, c’est ce moment de lucidité morbide, quand on voit dans l’adulte ce qu’on ne veut pas être, et ce qu’on ne pourra pas être.



Voilà, merci à toi qui m’a suivi jusqu’ici, tu vois, ce n’était pas si mal. Ce petit voyage vers l’inquiétante étrangeté familière s’achève ici pour l’instant, j’aurai nécessairement l’occasion de revenir sur Araki à un moment où a un autre, parce que son monde étrange est très souvent pour nous l’occasion de jeter un oeil de l’autre côté du miroir. 
Araki traite de l’adolescence comme d’un sujet vivant, un sujet qui expérimente et qui vit, malgré le vide, malgré le Rien. 


Et je rajoute ici que si tu es normalement constitué, à ce point-ci, tu es amoureux de James Duval. Ne le nie pas, le contraire est impossible. Et c'est plutôt une bonne chose, parce que j'aurai nécessairement l'occasion de parler de lui à un moment où à un autre. D'ici là, sois snob ou ne sois pas.

mardi 22 novembre 2011

Opportunisme #1 - Ouverture

Donc, autant s'offrir un petit digest des derniers concerts de la ville ligérienne pour commencer. Pas anodins ces concerts, puisqu'ils prenaient tous place à Stéréolux, la salle qui remplace l'Olympic. Il fallait donc ravir une place dans nos coeurs, challenge difficile. Nous, on voulait de la musique, de la jouissance, des tympans percés et des cascades de cérumen. 


     Premier concert, le Festival des Inrocks (05/11/11), une date toujours attendue avec une certaine impatience puisque c'est l'occasion de voir nos groupes -pas encore trop connus- préférés. 
Bref, on arrive dans la place, on veut en avoir plein les mirettes, et on est pas déçu par la salle. Certes l'Olympic, c'était un peu mythique, mais plus tout neuf non plus. Là, dans la salle Maxi, c'est plus grand, plus neuf, plus beau surtout. Mais on attend l'acoustique pour donner notre pouce. 


Premier groupe de la soirée, La Femme. Groupe un peu hype par excellence, mais pas groupe creux pour autant (personnellement, Sur la planche me fait toujours penser à Indochine époque Bob Morane, gros gage de qualité). On avait été assez échauffés par leur live à la Cigale quelques jours auparavant dans le cadre du même festival, on avait hâte. Ils arrivent, six jeunes gens, tous blonds platines à faire rougir Diam's. Leur set se déroule tranquillement alternant bonnes surprises (une version assez épique de Françoise) et relatives déceptions (Sur la planche un peu bâclé, peut-être arrivée trop tôt dans le set).  
Bonsoir, on est La Femme. 
Un show assez court (45 minutes) mais où on retrouve toutes les chansons de l'EP,ainsi que certaines tracks entendues en concert (Antitaxi...). On sent la marge de progression importante, mais c'était assez jouissif tout de même.

Deuxième groupe, autre ambiance. Cults, duo new-yorkais. Même longueur de cheveux d'ailleurs pour les deux protagonistes, ce qui rend l'homme un peu weird sur les bords. Le set est cool, il n'emporte pas, mais il chauffe bien. La mise en scène est sympa, projections d'extraits de vieux films en noir et blanc derrière, on regrettera le décalage qu'il y avait parfois avec la musique. Ah si, signe distinctif, la chanteuse a la manie de danser avec sa robe, et c'est très agaçant. J'explique le concept, tenir les deux côtés de sa robe, et essayer de se déhancher, cela donne quelques choses d'assez ridicule, mais tant pis, c'est peut-être cool de faire ça dans le Colorado. 

Pendant qu'on parle d'État américain paumé, le troisième nom de la soirée semble tout droit sortir du Wyoming, malgré son origine anglaise, c'est Laura Marling, surnommée "Boring" par d'aucuns. Et ce qualificatif était mérité. Comme on me l'a fait remarquer, l'album est sympa, mignon, même gentillet (on ira pas jusqu'à dire qu'il est bien) mais alors le live est une catastrophe. Ou plutôt, temporisons, sa place n'était pas ici mais plutôt dans une salle avec des sièges rouges et rembourrés. Rien ne sauve son set à mon goût, même pas ses jolis instruments de musique (contrebasse, violoncelle ...) ni ses changements intempestifs de guitare. Je soupçonne le type chargé de la programmation de détester le quatrième nom de la soirée et d'avoir tenté de flinguer son concert fourbement. 

Quatrième nom, venons-y, c'était la véritable attente de la soirée (avec La Femme, pour moi). C'était donc James Blake


 
  
Je l'attendais un peu like a messiah. Je m'explique, comme beaucoup je mets en concurrence James (Blake) et Nicolas (Jaar), alors qu'ils n'ont pas grand chose en commun sinon l'âge et la musique électronique. J'ai vu Nicolas cet été au Pont du Gard, et si son set était bien, c'était pas fou non plus. Curieusement, je pensais que James allait faire pire. Pas du tout, il met une quinzaine de kilomètres dans la vue de Nicolas. James est accompagné de deux musiciens, et son set est tout bonnement merveilleux. Tout y est. D'abord la musique, sublimée en live avec des versions de CMYK et de I never learnt to share assez ouf dans leur genre. Un mélanges de tous ses EP, même Enough Thunder puisqu'il chantera A case of you. On regretta juste l'absence de Not long now, l'une de ses plus belles chansons à mon avis. Les jeux de lumières étaient également assez parfaits, et par dessus tout, James était beau. Public manifestement très réceptif, des petites anglaises surexcitées derrière moi, on aura même entendu un homme faire part de l'orgasme qui le traversait durant Limit to your love
Point de vue personnel, mais je crois que sa musique trouverait toute sa place dans une église. Un ami avait comparé sa musique à une sorte de gospel, et il me semble que le côté réfléchi de sa musique gagnerait à trouver une dimension plus "spirituelle". En bref, à trouver du corps. On peut se faire une idée de tout ça, .




     Deuxième concert, grosse attente aussi, Metronomy (12/11/11). Je les attendais avec d'autant plus d'impatience que des personnes les ayant vu au cours de festivals m'avaient fait part de leur déception. Le concert étant complet, on s'attendait aussi à une grosse ambiance (ce qui n'était pas vraiment le cas à mon sens). Première partie plus qu'anecdotique, je n'en ai pas vraiment de souvenir net, jusqu'au nom du groupe (ah si, Gross Magic), on attendait surtout les quatres anglais. Mise en place du dispositif, au fond de la scène le portrait des quatre membres du groupes, à la façon de dessin d'enfants (c'était assez moche j'ai trouvé). 


Mais faisons fi de ces considérations, le concert débute. Un plutôt bon set alternant quasiment tous les morceaux de The English Riviera (on regrette juste Corinne) avec parfois de belles versions lives (Some Written) et des morceaux tirés des précédents album, surtout du second (Heartbreaker, Back on the motorway...). A thing for me et Radio Ladio, absolument endiablées, font partie des meilleurs moments du set. Et puis, il y a les membres. Tous assez foufous, Gbenga a la classe, ça se voit ; Joseph transpire d'aisance, et Oscar (mon petit préféré) est hypercool et drôle, il fait un peu le pitre quoi (mais il joue aussi du saxophone). 
C'était un peu court, c'est tout




Et, enfin, dernier concert, The Rapture (18/11/11). On avait plutôt aimé leur nouvel album In the grace of your love et on restait complètement sous le charme de leurs anciens hauts faits (Get myself into it ou Don gon do it, rien que ça), donc on était dans l'expectative là aussi.  
Elle n'a pas séduit grand monde, mais je suis tombé sous son charme aboslu, Planningtorock (la première partie), si bien que c'est surtout ça que j'ai retenu du concert. Bon, son set peut paraître un peu snob, même kitsch, mais c'est une expérience. Ils sont trois sur scène, elle (avec une sorte de blouse en toile de jute), une saxophoniste et un clavier/batterie. Derrière, un écran et des (belles) images, Janine (c'est son nom) étant aussi vidéaste. D'abord, quand elle commence à chanter, on ne sait pas vraiment ce qu'elle est: homme ou femme ? Voix très grave, mélodie suave, saxophone entêtant, le mélange était parfait. On sent bien les influences de The Knife sur certains morceaux (Janine ayant travaillé avec eux sur Tomorrow, in a year). Bref, on aime ou pas, mais on est pas insensible.
Arrive ensuite le groupe-titre de la soirée. Fringants, énergiques. Un chanteur survolté qui semblait kiffer son tee-shirt et un saxophoniste/clavier au déhanché impressionant. L'ambiance était incontestablement là, le public semblant un tantinet plus averti que pour Metronomy (comprendre : connaissant le groupe, pas juste le dernier album). 
Leur set était très bien construit avec d'entrée In the grace of your love et How deep is your love ? en guise de rappel qui semblaient se répondre. De nombreuses vielles chansons aussi, je regrette juste à titre personnel l'absence de Can you find a way ? C'était très (trop) court aussi, mais on peut imaginer que c'est parce que le concert était filmé.