L'Assemblée générale des Nations unies est un véritable forum démocratique pour les peuples du monde entier (en exclusivité pour vous, l'accroche de ma prochaine dissertation), et ici, c'est pareil. On avait pas prévu à l'origine de parler de Lana, tant deux points de vues s'affrontaient férocement au sein de la rédaction (de nous deux, quoi), tant les insultes fusaient dans l'open-space (au café, quoi). Pourtant, les attaques injustifiées à son encontre m'ont poussé à écrire sur le sujet. Même si la polémique semble s'atténuer (ce dont on peut douter vu le nombre d'alertes google que je reçois quotidiennenment), il est temps de mettre les points sur les i. Dans l'arène de cet article deux points vues s'affronteront, et toi, lecteur et faux rebelle, tu jugeras (et établiras que Lana n'est pas le démon dont on parle).
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| L'objet du scandale. |
Lanathème (June)
Quand Yann m’a demandé s’il pouvait faire un point sur Lana, je lui ai dit qu’il pouvait, mais que ça me plairait bien de pouvoir y glisser mes remarques nonchalantes, rendez-vous fut pris ici.
Qu’on se comprenne bien tout de suite : je n’ai pas voulu faire mon propre post à ce sujet (et j’ai refusé de faire un article pour Maze Magazine là dessus), pour la simple raison que, si je n’adhère pas à Lana, je n’ai pas la moindre intention de dire du mal gratuitement (et, je tiens à la vie). Alors voilà, je te livre succinctement mon avis sur Lana ici parce que ce débat que j’ai régulièrement m’a déjà prouvé que mon point de vue, aussi, a des adeptes, et je vois donc l’occasion ici de faire un peu d’ouverture.
Lana Del Rey est un robot.
Voilà, quelque part je pourrai m’arrêter là, mais, parce que, une fois encore, je tiens à la vie, je vais développer un peu. Avec sa musique préfabriquée et son corps-objet, Lana séduit, et vous lui pardonnez tout, de ses performances live globalement pourries (Si tu fais la moyenne, c’est pas brillant, il va falloir le reconnaître), à son album globalement pas terrible. Au fond, vous êtes bien plus hater que moi, défendant corps et âme une personne pour trois titres. Ce que j’en pense, c’est que Lana est un beau produit, au marketing bien roulé, comme sa bouche.
Alors voilà, en vérité je ne déteste pas Lana, je n’ai rien contre elle, je trouve juste que sa musique n’a pas grand intérêt, j’aime bien Blue Jeans, je reconnais que Video Games et Born to die sont sympa. Et c’est tout. Sa musique est aussi vide de sens que le programme d’Eva Joly, et, tout comme elle, m'indiffère simplement.
On lui confère une aura éthérée que je ne lui vois pas, et j’aime mieux retourner écouter Cat Power, chez qui tout est beauté, luxe, calme et volupté.
Dernier mot pour ceux qui voudraient voir derrière mes mots une certaine amertume qui serait liée à de la jalousie, il n’est pas question de ça. Je concède aimablement que Lana Del Rey est un beau produit, elle n’est cependant certainement pas une artiste. Lana est un bel objet, que je ne déteste pas, que je ne méprise pas même, tout au plus m'indiffère-t-elle totalement, et en vérité, ce n’est pas une critique de Lana Del Rey que je fais ici, mais une critique du manque d’objectivité, voire de la mauvaise foi, dont certains font preuve à son sujet.
Et pour ma part, j’aime bien ses cheveux.
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| Clotile Floret, des excellents We Are Enfant Terrible dit aussi non à Lana. |
Mais Lana Del Rey, c'était et c'est aussi l'amour, l'été. C'est l'amour à la plage et la moiteur qui se prolonge. C'est Video Games qui déboule dans nos vies au cours de l'été dernier et dont la mélodie s'imprime dans notre cortex auditif. On passera sur la suite (et je ne m'étendrais pas sur cette stupide rumeur de plagiat des premières mesures d'une chanson grecque que même les autochtones n'avait sûrement jamais entendu). Lana, c'est d'abord une fille fragile et craintive, une fille qui a connu l'échec, celui d'un premier album mort-né. C'est une fille dont la crainte se ressent dans chaque live. Mais Lana c'est une fille à potentiel, à fort potentiel, seulement, on attend trop d'elle. Elle est talentueuse, certes, très, mais ses erreurs sont humaines. On parle trop d'elle, elle en est heureuse, elle n'attendait que ça, mais tout va trop vite. L'exemple est là, les lives, notamment le Saturday Night Live était catastrophique, on peut pas se mentir. Mais quelques temps auparavant, celui donné au Chateau Marmont était une merveille (son meilleur pour moi). Tout est là.
Elle est dans son élément: son imagerie hollywoodienne rejoint complètement la symbolique du lieu. On retrouve les imperfections dont elle est coutumière: faussetés, absence presque totale de gestuelle. Alors qu'ailleurs cela rendrait le tout pénible, ici cela la rend plus touchante, ici elle irradie, la crainte, la timidité ; la mélancolie et une sensualité marquée. Comme une amie me le disait, elle laisse sa voix "pendre", flotter, à la limite de la désincarnation. Et surtout une atemporalité qui, je trouve, est sa plus grande réussité. Atemporalité justement, c'est la clé.
Atemporalité et mélancolie, voilà ma Lana.
On parle de la ringardise prématurée de son album, d'après moi, il faut parler d'atemporalité. Je ne suis pas assez prétentieux pour qualifier l'album d'intemporel (et d'ailleurs il ne l'est pas je pense), je dis juste qu'il ne se rattache à aucun code, et surtout pas ceux de 2011. C'est sa force, l'atemporalité des thèmes et des orchestrations, son album s'inscrit hors-temps. Et c'est quand il veut s'inscrire dans notre époque (l'ajout des beats hip-hop par exemple) qu'il pêche. Pour moi Lana Del Rey a une peur maladive de l'échec, la peur de retomber dans l'inconnu. L'album est en cela la traduction de cette peur. Après le succès de Video Games, de Blue Jeans et de Born to Die, elle cherche à appliquer la même recette à l'abum entier, ce qui donne un album long (trop) et parfois, j'ose le dire, un peu laborieux. C'est cette même volonté de succès qui l'a fait ajouter les fameux beats alors que ses chansons s'en passerait à merveille (il n'y a qu'à voir les orchestrations lives). De même, il ne faut pas chercher à plaquer l'univers lychien dont tous les magazines parlent dans sa musique, il est en est quasiment absent à mon sens.
Cependant, si on veut du Lynch, il faut remonter au premier album, qui révèle que Lana Del Rey est pleine de pontentiel et capable de choses beaucoup plus variées (et recherchées) que sur Born to Die. On veut à tout prix du Lynch ? Il suffit d'écouter Mermaid Hotel.
La chanson parle d'elle-même, Lana est capable de plus. Jusqu'à maintenant elle s'est enfermée, et dans son imagerie et dans la recette du succès. Deux éléments qui l'ont amenée à proposer des déclinaisons de Video Games plus ou moins réussies. De son album on retiendra les trois chansons reines, d'autres réussites (Dark Paradise, Summertime Sadness) et des expérimentations parfois malheureuse. On retiendra aussi l'assassinat en règle de Diet Mtn Dew qui aurait pu être merveilleuse, comme l'est la démo existante (il fallait que je le dise ça). Ce qui nous donne un album globalement bon, qui tourne rapidement dans la tête, et qui donne à voir de splendides horizons (pour la suite).
Leave her alone, quoi.