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lundi 27 février 2012

Propagandisme #1 - Douçe Françe

Cet après-midi, je suis tombé sous le charme. Le printemps étant presque là, j'ai décidé de faire baigner tout le monde dans cet amour duveteux qui m'a saisi. C'était fait pour me plaire, ça venait du cher pays de mon enfance, c'était Douçe Françe (pardon pour ce jeu de mots des plus douteux). Douçe Françe, c'est un rennais se définissant comme faisant de "l'instumental hip-hop". Au sens où sa musique se caractérise par une grande liberté, de nombreux samples, mais toujours avec la rythmiques hip-hop qui sous tend. Une bonne partie de la douceur de cette musique réside d'ailleurs dans les samples. Des samples aussi charmeurs, absurdes,  qu'empreints de références cinématographiques ou autres (et d'un certain snobisme, ce qui n'est pas pour nous déplaire). À l'image par exemple de Doinel, qui en plus de se nommer d'après le personnage phare de Truffaut, est constituée d'extraits des Quatres Cent Coups.




Ces samples ne sont pas rappeler à notre mémoire les ingénieux Ratatat (sample de répliques d'Elephant Man dans Seventeen Years ou de Days of Heaven dans Party with children). Mais aussi, plus récemment ceux du très talentueux (à mon avis, sublime) Nicolas Jaar (Godard dans Être, Tzara dans I Got A). 


Même si j'avoue que c'est ce jeu de références, cette intertextualité transposée à la musique qui me plaît énormément, la musique de Douçe Françe n'est pas que cela. C'est une musique inventive, riche d'influences diverses qui ressortent parfois dans les titres (Indian ou Greek Flavours, 7 bits) et surtout, surtout, c'est (et cela fait l'analogie avec Nicolas Jaar), une musique toujours très planante (et dieu comme je déteste ce mot). 





Donc, si ça vous tente, le soundcloud est ici et une interview de l'artiste est ici

mardi 14 février 2012

Cinétisme #3 - Un SMS à la mer

Je comptais pas vraiment livrer mon ressenti sur Une bouteille à la mer (de Thierry Binisti), film dispensable dans l'absolu, mais puisque j'ai été amené à le donner à une amie, je publicise ça ici. 





lundi 6 février 2012

Héroïsme Funèbre #1


(1923 - 2012)



Mélodisme #1 - Mr. Mojave Risin'





Après nous avoir gratifié d'un premier album époustouflant (A Sufi and a Killer) et d'un EP assez décevant (The Ninth Inning), Gonjasufi revient vers nous avec MU.ZZ.LE
Celui-là, de 25 minutes en tout et pour tout, s'inscrit dans la tradition de brièveté qui caractérise entre autres Gonjasufi, du moins au niveau des morceaux. Ainsi le titre le plus long de l'album atteint à peine les quatre minutes, à rebours d'une certaine tendance actuelle à l'allongement de ces derniers. Cette brièveté qui pourrait être facteur de déception en ce qu'elle empêcherait de savourer le morceau, dans ses nuances et sur le long terme, ne l'est pourtant pas puisque chaque morceaux de par les inflexions de voix de l'américain et la richesse des samples, collages et autres beats nécessitent de nombreuses écoutes pour être savourés pleinement. En un mot, la brièveté permet de s'attarder. Faisant tourner l'album en boucle dans une sorte d'hypnose.


Muzzle, c'est donc le bâillon, la muselière, à l'image de celle qu'il porte sur l'artwork de l'album et dont il dit qu'elle ne l'empêchera pas de dire la vérité. Sa vérité alors, un tantinet dépressive et désespérée; mais toujours aussi dissemblable de celle des autres. Gonjasufi nous rassure donc sur ses capacités avec la grande déception de son EP et il se place ici clairement de continuité de son album, mais dans une continuité améliorée.


La brièveté, toujours, permet en effet de faire abstraction de la principale critique qu'on pouvait faire (que je faisais) à l'album, à savoir un manque de cohérence. Ici, Gonjasufi réussi à muer incohérence en diversité et transforme ses chansons dépareillées en dix petites pépites. Bien entendu, on retrouve toujours ce qui caractérise l'américain par ailleurs, un son sale (vraiment sale) et une voix (frissonnante), qui, je trouve exprime merveilleusement le désespoir et la violence des émotions. Mais tout cela s'enrichit, des cris d'enfants (l'album a été enregistré en famille), la pluie qui tombe, sa femme qui pose sa voix sur Feedin' Birds (à la tonalité lynchienne assez marquée je trouve). Pour autant, aucune chanson ne se détache d'elle-même (comme pour l'album), et chacun se fera donc sa propre idée. Le rythme, toujours assez lancinant, lorgne même parfois vers le trip-hop. Et je crois que c'est ça qu'il faut retenir de l'album. Lancinant, rêverie lancinante.


Venom - Gonjasufi


mercredi 1 février 2012

Cinétisme #2 - Art School Confidential

On m'a fait comprendre que je n'avais pas été bien Héroïque ces derniers temps, je ne peux qu'admettre la chose, et même si j'ai effectivement des petites choses chouettes prévues pour ici, je bouscule un peu mon planning pour un point sur le film que j'ai vu hier soir.


Art School Confidential est réalisé par Terry Zwigoff, ce qui est la véritable raison pour laquelle j'ai eu envie de le voir, ce dernier étant celui qui se cache derrière la très très bonne adaptation de la bande dessinée Ghost World, qui reste encore un de mes films favoris (Oui, on aura l'occasion d'en reparler).
Ici encore Zwigoff oeuvre avec Daniel Clowes, auteur de la BD précédemment citée, pour un film original cette fois.


«Should we judge an artist by what he does in his personal life? If he's an anti-Semite, like T.S. Eliot... or a bully, like Picasso... or in this case, a murderer... should his art have any less value?»


Cynique et décalé, Art School Confidential nous offre une satyre du monde de l'art et de son hypocrisie. 
C’est l’histoire de Jérôme (Max Minghella), un jeune homme passionné par le dessin et la peinture qui veut, tout simplement, devenir le Picasso du XXIe siècle. Il s’inscrit à la fac d’art de Strathmor, où il va vite se rendre compte que le talent n’est pas ce qui est jugé, que l’art est un concept abstrait, et que le beau n’est certainement pas vendeur. 


Extrait de dialogue : 
Professor Sandiford: Now Eno, why havent you been doing the
  assignments?
Eno: Frankly, I find them constricting and largely irrelevant. My
  work has nothing to with form or light or color, but with
  questioning the nature of aesthetic experience.
Professor Sandiford: Ill buy that.


Il essuie échec sur échec, enchaînant les tentatives désespérées pour que l’on reconnaisse son talent, et pour séduire Audrey (Sophia Myles),  une jolie modèle qui l’enverra gentiment balader jusqu’au climax, la fin. Dès le début, il se montre clairement obsédé par elle, et échafaudera un plan stupide pour tenter de la séduire, très comédie romantique sur le papier, mais il n’en est rien. 
Un autre histoire se greffe parallèlement à cette intrigue, histoire qui s’avérera d’ailleurs découler de la première : depuis deux mois, un type étrangle des gens, aléatoirement, dans la ville. 
C’est là que ce situe le grand point de ce film, je te préviens tout de suite, à partir d’ici : spoiler alert.



Ayant volé les toiles de l’étrangleur, représentant ses victimes dans leur agonie, dans une tentative désespérée de succès, Jérôme se verra inculpé pour les meurtres, et se voyant ensuite considéré comme un artiste brillant, décidera de ne pas s’innocenter. C’est en prison qu’il peindra ses toiles représentant toujours Audrey, et qui se vendront désormais très bien, et c’est à travers la vitre du parloir qu’il aura son seul vrai baiser avec la fille qui l’obsède depuis le début.  
Ce qui fait que les toiles de Jérôme se vendent, c’est précisément ce côté malsain de l’art contre lequel il avait désespérément tenté de lutter. Le public le voit comme vrai artiste car il est controversé. Ce qui intéresse ce n’est ni ses toiles, ni son talent, simplement la perspective qu’ont les critiques, les professeurs, le public d’obtenir un sentiment de supériorité parce qu’ils peuvent dire «je ne juge pas un artiste sur sa vie privée».

Jérôme, à la base le seul à vouloir faire de l'art, être un artiste, et non vendre un concept, fini tout simplement par en devenir un.

Héroïsme nocturne #1

Enfin, lorsque la nuit a déployé ses voiles, 
     La lune, au visage changeant,
     Paroit sur un trône d'argent,
     Et tient cercle avec les étoiles.
Le ciel est toujours clair tant que dure son cours,
Et nous avons des nuits plus belles que vos jours. 

24 janvier 1662
(Lettre de Jean Racine)


Amen - Leonard Cohen


On en profite pour s'endormir au son de ce morceau, sublime, extrait de Old Ideas, le dernier don de Leonard Cohen.