On m'a fait comprendre que je n'avais pas été bien Héroïque ces derniers temps, je ne peux qu'admettre la chose, et même si j'ai effectivement des petites choses chouettes prévues pour ici, je bouscule un peu mon planning pour un point sur le film que j'ai vu hier soir.
Art School Confidential est réalisé par Terry Zwigoff, ce qui est la véritable raison pour laquelle j'ai eu envie de le voir, ce dernier étant celui qui se cache derrière la très très bonne adaptation de la bande dessinée Ghost World, qui reste encore un de mes films favoris (Oui, on aura l'occasion d'en reparler).
Ici encore Zwigoff oeuvre avec Daniel Clowes, auteur de la BD précédemment citée, pour un film original cette fois.
«Should we judge an artist by what he does in his personal life? If he's an anti-Semite, like T.S. Eliot... or a bully, like Picasso... or in this case, a murderer... should his art have any less value?»
Cynique et décalé, Art School Confidential nous offre une satyre du monde de l'art et de son hypocrisie.
C’est l’histoire de Jérôme (Max Minghella), un jeune homme passionné par le dessin et la peinture qui veut, tout simplement, devenir le Picasso du XXIe siècle. Il s’inscrit à la fac d’art de Strathmor, où il va vite se rendre compte que le talent n’est pas ce qui est jugé, que l’art est un concept abstrait, et que le beau n’est certainement pas vendeur.
Extrait de dialogue :
Professor Sandiford: Now Eno, why havent you been doing the
assignments?
Eno: Frankly, I find them constricting and largely irrelevant. My
work has nothing to with form or light or color, but with
questioning the nature of aesthetic experience.
Professor Sandiford: Ill buy that.
Il essuie échec sur échec, enchaînant les tentatives désespérées pour que l’on reconnaisse son talent, et pour séduire Audrey (Sophia Myles), une jolie modèle qui l’enverra gentiment balader jusqu’au climax, la fin. Dès le début, il se montre clairement obsédé par elle, et échafaudera un plan stupide pour tenter de la séduire, très comédie romantique sur le papier, mais il n’en est rien.
Un autre histoire se greffe parallèlement à cette intrigue, histoire qui s’avérera d’ailleurs découler de la première : depuis deux mois, un type étrangle des gens, aléatoirement, dans la ville.
C’est là que ce situe le grand point de ce film, je te préviens tout de suite, à partir d’ici : spoiler alert.
Ayant volé les toiles de l’étrangleur, représentant ses victimes dans leur agonie, dans une tentative désespérée de succès, Jérôme se verra inculpé pour les meurtres, et se voyant ensuite considéré comme un artiste brillant, décidera de ne pas s’innocenter. C’est en prison qu’il peindra ses toiles représentant toujours Audrey, et qui se vendront désormais très bien, et c’est à travers la vitre du parloir qu’il aura son seul vrai baiser avec la fille qui l’obsède depuis le début.
Ce qui fait que les toiles de Jérôme se vendent, c’est précisément ce côté malsain de l’art contre lequel il avait désespérément tenté de lutter. Le public le voit comme vrai artiste car il est controversé. Ce qui intéresse ce n’est ni ses toiles, ni son talent, simplement la perspective qu’ont les critiques, les professeurs, le public d’obtenir un sentiment de supériorité parce qu’ils peuvent dire «je ne juge pas un artiste sur sa vie privée».
Jérôme, à la base le seul à vouloir faire de l'art, être un artiste, et non vendre un concept, fini tout simplement par en devenir un.