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vendredi 1 juin 2012

Cinétisme #4 - Cosmopolis

C'est un film que beaucoup détesteront et c'est dommage parce qu'il ne le mérite pas. Même venant des fans de la filmo de Cronenberg déçus par ce dernier opus. À peine de la part des fans de Twilight venues voir les derniers prouesses de Rob [Pattinson].


Voilà. Vous avez aimé le teaser ? C'était sombre, haletant, sec, nerveux, effréné, mystérieux ? Ça faisait envie ? Maintenant, il faut oublier tout ça car le film est quasiment antithétique du teaser. Depuis son dernier film (A Dangerous Method), Cronenberg s'est fait un spécialiste de la bande-annonce non contractuelle. Alors que cette dernière est rythmée et pleine d'une apparente action, le film est plutôt bavard et ennuyeux. 

Pourtant j'ai relativement aimé Cosmopolis. Odyssée en limousine, le film laisse perplexe, on ne peut pas mentir, mais il oppresse. Ici, le choix du réalisateur de coller au roman de Don DeLillo ne facilite pas les choses, surtout pour la compréhension. Pourtant, il me semble qu'on doit accepter cette relative incompréhension, ce propos décousu, relativement convenu, finalement assez absurde. En effet, ce que je pourrais le plus reprocher au film, c'est son fond. Une certaine évidence des propos alarmistes sur le capitalisme (à l'heure où les films sur la crise se multiplient), une confrontation finale qui n'ajoute aucun intérêt au film, et qui est même passablement interminable.   
Une fois accepté le tournant pris par Cronenberg dans son cinéma, le film dévoile ses atouts. Cette limousine qui se meut à la vitesse d'un piéton, elle captive. Autant que son passager, elle est un symbole du capitalisme, pesante, avançant tranquillement mais surement dans un New-York en ébullition. Malgré les outrages, le soir elle rentre au garage pour que le lendemain recommence le même manège. Cette limousine, qui va si lentement, alors que l'un des moments les plus intéressants du film parle justement de l'inversion du rapport au temps, à ce temps qui s'accélère. Cette limousine qui occupe les trois quarts du film, personnage à part entière, signe extérieur de richesse, de la domination de la classe capitaliste, elle montre qu'une classe dirigeante ne peut jamais tout à fait s'écrouler. Et puis, ce silence, absolu, sans aucun bruit de l'extérieur. Cette limousine, c'est elle, l'instrument premier de l'opression du spectateur. 

Et puis, il y a Rob. Je n'ai vu aucun Twilight, je partais donc vierge d'a priori. A mon sens Cronenberg joue parfaitement sur son passé de vampire, mais Pattinson a vraiment quelque chose de plus. Un vrai magnétisme. Il se détache vraiment du reste du casting, passable, lui. Avec un Giamatti lourdingue, une petite-amie inutile, une Binoche à l'agonie quand elle jouit et un Amalric plus qu'anecdotique, cet aspect du film n'est vraiment pas brillant. Pattinson se détache, magnétique et venimeux. Parfait golden boy capricieux et fasciné par la mort. Prototype du trader et de son autodestruction. Celui-ci parvient, et il est le seul, à donner corps au film, à lui donner ses rares moments de grâce. À l'image de ce face-à-face avec son ami d'enfance qui vient lui apprendre la mort de son rappeur soufi préféré. 


Malgré quelques atouts indéniables, on peut reprocher à Cosmopolis son manque de chair. D'une absurdité peut-être trop appuyée, le film semble rejeter toute volonté de didactisme pour emporter le spectateur dans un tourbillon de langage. Je pense que Cronenberg ne s'est pas vraiment perdu,  il s'est engagé dans un vrai processus de transformation de son cinéma, et cela mérite une attention accrue.


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